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Surmonter mon sentiment de vide intérieur

 

 

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Mon premier souvenir d’un acte de violence provoqué par l’alcool remonte à l’âge de cinq ans. Les cris de ma mère m’avaient réveillée au milieu de la nuit.

Il y avait une terrible tempête – beaucoup de vent, de pluie et d’éclairs. Je me suis assise sur mon lit, pétrifiée, incapable de bouger tandis que j’entendais les cris de ma mère et le renversement de meubles.

Je voulais la protéger, mais mon père était un homme d’une grande carrure et je n’étais qu’une petite fille. Longtemps après avoir compris que je n’aurais rien pu y faire, je me sentais encore coupable d’être restée assise dans mon lit, enveloppée dans mes couvertures, pétrifiée telle une petite statue jusqu’à l’accalmie.

Le matin suivant, ma mère n’est pas partie au travail; elle avait deux yeux au beurre noir. Mon père était assis près d’elle au bord du lit et lui tenait la main.

Nous n’en avons pas parlé et je savais que je devais bien me garder de poser des questions. Au fil des ans, il y a eu plusieurs incidents similaires.

Mes parents nous ont offert un bon foyer et nous avons toujours eu assez à manger. Mon père nous a appris la différence entre le bien et le mal; peutêtre pas toujours en nous montrant l’exemple, mais en ôtant sa ceinture et en la faisant claquer pour nous effrayer.

Ce qui manquait dans notre foyer, c’était le sentiment que nous étions en sécurité, protégés et aimés. Il y avait peu ou pas de marques d’affection entre parent et enfant. J’avais le sentiment d’être invisible et insignifiante aux yeux des parents que j’aimais et en qui j’avais confiance plus que tout au monde.

C’est la raison pour laquelle je crois que je n’ai pas épousé un alcoolique par accident. J’étais prédisposée à agir ainsi. La plupart de mes connaissances buvaient autant que mon mari. Pour moi, c’était « normal ».

Bien sûr, je ne m’étais pas rendu compte que je n’avais aucune idée de ce qui était normal. Je savais simplement que j’avais l’impression d’avoir un gros vide en moi. Je pensais qu’en me mariant, ce vide disparaîtrait – mais cela n’a pas été le cas.

Puis j’ai pensé que cela changerait si j’avais un bébé. Mais même après avoir eu une belle petite fille en bonne santé, je me sentais toujours vide.

Après treize années de mariage, mon époux est allé en cure de désintoxication pendant cinq jours, puis s’est fait admettre dans un programme en consultation externe pendant six mois.

Je pensais que tout irait bien tant qu’il s’abstiendrait de boire. Nous avons eu un autre enfant, un superbe petit garçon.

Je suis allée aux réunions Al-Anon chaque semaine parce qu’un des conseillers du programme de mon époux m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit : « Allez à Al-Anon!». J’ai fait ce que j’avais à faire, mais non sans un énorme sentiment de ressentiment – parce qu’il avait un problème, pas moi.

 

« Aujourd’hui, je peux admettre
que je suis une femme blessée
mais honnête et digne d’amour. »


J’ai évité de parler et, à aucun moment, ai-je établi un contact visuel avec qui que ce soit. Aussitôt l’épouvantable réunion terminée, j’ai décampé.

À plusieurs reprises, j’ai pensé mettre fin à mes jours. Une fois, j’étais à deux doigts de le faire – je tenais un Magnum 357 chargé. Je l’ai doucement déposé, suis allée aux toilettes et me suis mise à vomir. C’est seulement par la grâce de ma Puissance Supérieure que je n’ai pas appuyé sur la gâchette.

J’éprouvais de la haine envers moimême mais j’en ignorais la raison. Durant la majeure partie de mon mariage, il semblait que l’alcool avait plus d’importance aux yeux de mon mari que je n’en avais moi.

Après trois années de sobriété, mon mari a fait une rechute. D’un mois à l’autre, il buvait. Bien qu’il le dissimulât bien, je le savais toujours. Je l’affrontais à ce sujet. Il le niait, mais il arrêtait de boire. Quelques mois plus tard, c’était de nouveau le même scénario.

Nous avons fait cette petite « danse » pendant sept ans. À la fin, je ne l’aimais plus. J’étais devenue incapable de différencier l’homme de la maladie. Ils étaient devenus un.

J’ai obtenu le soutien dont j’avais bien besoin aux réunions mais mieux encore, quelque chose en moi avait changé. Pour la première fois, je m’étais enfin investie dans mon propre rétablissement. J’abandonnais ma volonté et la confiais véritablement aux soins d’autrui.

J’ai appris ce qu’était l’honnêteté « viscérale ». Cela m’a aidée à voir qui j’étais et qui j’aspirais à être.

J’ai pardonné au père de mes enfants. Chaque jour de notre mariage, celui-ci avait parfaitement reconstitué pour moi les années de mon enfance. Même maintenant, j’ai tendance à graviter vers des personnes sur lesquelles je ne peux pas compter. La seule différence, c’est qu’aujourd’hui, je suis consciente de cette tendance et je suis mieux équipée pour me protéger.

Aujourd’hui, je peux admettre que je suis une femme blessée mais honnête et digne d’amour. J’ai plaisir à parler de moi ainsi. Je crois que je peux trouver la sérénité, non en dépit de mes blessures, mais grâce à elles.

Mon périple vers le rétablissement continuera jusqu’à ce que je sois rappelée au ciel. Entre temps, quelle merveille de pouvoir entendre, voir, penser, ressentir, aimer, rire, souffrir, pleurer et apprendre des leçons pour lesquelles je suis prête.

Par Jennifer M., Washington.

Cet article peut être reproduit sur votre site Web ou dans votre bulletinen précisant : Permission accordée par la revue The Forum, Al-Anon Family Group Headquarters, Inc., Virginia Beach, VA.

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