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Lorsque rien d'autre ne marchait
j’ai lâché prise et j’ai fait le deuil
de mon enfant aux prises avec l’alcoolisme

 

Étant une professionnelle de la santé mentale très expérimentée, je suis bien consciente que le deuil se manifeste sous de nombreuses formes autres que la mort : la perte de l’enfance, d’un emploi ou d’un rêve. J’ai aidé bien des gens à surmonter leurs deuils en leur expliquant que le deuil est un processus – lent mais méthodique.

Maintenant c’est mon tour. Je fais le deuil de mon fils aux prises avec la drogue et l’alcool. Cela n’était pas sensé arriver à ma famille, pas à mon enfant. Mon mari et moi sommes tous deux des professionnels avec un diplôme d’études approfondies en relation d’aide. Nous avons passé plusieurs années à travailler avec des alcooliques sans domicile fixe. Nos enfants ont grandi étant témoins dese ffets néfastes de la drogue et de l’alcool. De plus, nous parlions à nos enfants des dangers de la drogue et de l’alcool. Nous leur avons parlé de la propagande« N’hésite pas à dire non ! »

Nous avons été un peu surpris la première fois que notre fils est rentré complètement drogué, mais nous savions quoi faire. Lorsqu’il s’est fait renvoyer de l’école pour usage de drogue sur le campus, nous savions quoi faire. Lorsqu’il a essayé de se suicider après avoir consommé de l’alcool et de la cocaïne pendant plusieurs jours, nous savions quoi faire. Quelle surprise ce fut lorsque nous avons remarqué que toutes nos tentative ne semblaient faire aucune différence dans la consommation d’alcool ou de drogue de notre fils.

J’étais absolument convaincue qu’il suffisait que j’utilise les bons mots; que j’envoie mon fils chez un bon thérapeute et dans un bon programme de traitement; il finirait bien par ouvrir les yeux et mettrait un terme à cette conduite. J’ai essayé pendant près de cinq années. J’ai essayé de contrôler ses allées et venues, ses fréquentations et tout ce qui me passait par la tête dans l’espoir de le faire cesser. Lorsque j’ai commencé à chercher le tournant idéal qui ne manquerait pas de propulser ma voiture par-dessus une falaise, me vouant ainsi à une mort certaine, je me suis mise à penser que je ferais mieux de me concentrer sur moi au lieu d’essayer de redresser la vie de mon fils.

L’idée de jeter l’éponge en ce qui concernait mon fils était inconcevable mais il fallait que j’accepte l’idée que je n’étais pas toute-puissante. J’ai dû lâcher prise des rêves, des espoirs et des plans que j’avais pour mon fils. J’ai dû accepter qu’il avait une maladie que lui – et lui seul – pouvait surmonter et qu’il ne s’agissait pas d’une maladie qu’il pouvait guérir, seulement d’une maladie dont il pouvait se rétablir. J’ai dû abandonner l’idée d’imposer à mon mari de faire ce qui semblait être juste et j’ai dû accepter l’idée que notre fils soit devenu un drogué et un alcoolique.

J’ai pris une absence autorisée de mon travail parce que j’étais trop déprimée pour sortir du lit, et encore moins pour m’habiller et conduire pour me rendre au travail. J’ai abandonné l’idée de garder la maison propre, de faire la vaisselle et de cuisiner. Je ne pouvais rien faire d’autre que d’agoniser sur ce que mon fils était devenu et que je n’y pouvais quasiment rien.

Il va sans dire que, je me suis rendue à une réunion Al-Anon, comme bien d’autres personnes, parce que je ma souffrance était trop intense. Je ne savais pas comment gérer ce type de souffrance – une souffrance qui m’asphyxiait. Je ne savais pas non plus comment faire cesser mon inquiétude ou les crises incontrôlables de sanglots qui me brisaient le coeur.

Ce que j’ai découvert dans cette réunion Al-Anon, était un endroit où la souffrance que je ressentais pouvais être exprimée et – plus important encore – comprise. Tous les membres qui étaient présents savaient ce que je ressentais. Je pouvais pleurer et extérioriser mes sentiments, et les membres ne me plaignaient pas mais me montraient leur soutien. J’ai entendu d’autres membres dire qu’ils étaient passés par cette même situation. Je ne pouvais pas parler à mon cercle d’amis en dehors des réunions parce qu’ils éprouvaient soit du mépris ou de la haine envers mon fils pour nous avoir blessés, son père, sa soeur et moi; ou bien parce qu’ils avaient tendance à prendre part à la tristesse et à la souffrance que je ressentais. Les membres Al-Anon pouvaient se détacher de ma souffrance.

J’ai également découvert un sentiment de sécurité dans les réunions Al-Anon. Les réunions étaient les seuls endroits où je pouvais ressentir un soulagement quelconque. Chaque jour, pendant une heure, je pouvais avoir les pieds sur terre et retrouver un semblant de raison. J’ai toujours de la peine mais le désespoir a disparu. J’ai confié mon fils aux soins de Dieu; sachant que je ne l’ai pas perdu, mais que je l’ai simplement remis entre les mains d’une Puissance Supérieure. Je continue à travailler sur la notion qu’une Puissance supérieure à moi-même peut me rendre la raison. Mon cerveau comprend cela; il doit simplement transmettre cette idée à mon coeur.

Par Mary P., Tennessee
The Forum, août 2008

Permission accordée par la revue The Forum, Al-Anon Family Group Headquarters, Inc., Virginia Beach, VA

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